Créé par les jeunes Chambres Economiques dAuvergne en 1974, le prix de lAuvergnat de lannée permet de sélectionner une action novatrice particulièrement marquante dans lannée et de promouvoir son initiateur dans les domaines économique, social, scientifique, culturel, artistique ou sportif.
La Fédération Régionale des Jeunes Chambres Economiques dAuvergne sassocie avec de grands partenaires soucieux de promouvoir lAuvergne : Le Conseil Régional dAuvergne, Electricité de France, France Télécom et la SNCF.
Pour les années 2001 et 2002, le prix de lAuvergnat de lannée a été décerné au fondateur et animateur du festival Bach en Combrailles.
Il a été remis le lundi 30 septembre 2002 à Clermont-Ferrand par Valéry Giscard dEstaing, président du Conseil Régional dAuvergne.
Cette journée restera marquante pour lensemble de lassociation Bach en Combrailles qui se voyait ainsi récompensé pour son action.
Nous reproduisons les discours prononcés à cette occasion par le président Giscard dEstaing et la réponse du récipiendaire.
Allocution du Président Giscard dEstaing
Je remercie la jeune chambre économique pour la manière dont ils ont su détecter dans les quatre départements dAuvergne des talents très inventifs et très originaux et la façon très brillante dont ils ont présenté chacun dentre eux et leurs créations.
Nous en venons à lAuvergnat de lannée : Jean-Marc Thiallier, que vous venez de présenter à linstant.
Il faut savoir pourquoi on lui a donné ce prix, et je le dis au professeur Petzoldt.
En réalité, cest en souvenir du voyage que Jean Sébastien Bach fit en Auvergne en 1753.
Ce voyage correspondait à une manifestation qui était organisée par la Jeune Chambre Economique de lépoque, et qui était la commémoration du 130e anniversaire de la naissance de Blaise Pascal. On avait pensé que rien ne pourrait honorer davantage la mémoire de notre grand compatriote que la venue du plus grand musicien reconnu de lépoque.
Jean-Sébastien Bach a accepté cette invitation, on a organisé son voyage et dailleurs il y eut une tentative pour inscrire dans ce voyage un passage en Combrailles. Et Bach, je dois dire, a décliné linvitation. Il faut dire que laccès de Pontaumur était moins facile que ce quil ne lest à lheure actuelle, mais surtout Bach a dit : « je nirai à jouer à Pontaumur que le jour où il y aura la réplique exacte de lorgue sur lequel je pratique tous les jours ».
Alors, tous les comités des fêtes étaient en place, mais malheureusement ce voyage na pas eu lieu, comme vous le savez, puisque Jean-Sébastien Bach est décédé en 1750.
Alors voilà, on a remplacé cette visite par votre couronnement et par la reconnaissance du travail très remarquable que vous avez accompli pour créer, en quelques années un festival dabord de notoriété locale, puis de notoriété régionale, puis de notoriété nationale.
Et à partir de votre savoir initial, qui nétait pas tourné vers la musicologie, vous avez su étendre votre compétence et devenir un des chantres de Bach à la fois en Combrailles et en Auvergne.
Vous avez drainé des foules croissantes, vous avez su obtenir des crédits de soutien de la plupart des instances qui soutiennent la culture en Auvergne, dont le conseil régional, et vous avez ainsi crée ce superbe festival Bach en Combrailles qui sest déroulé cette année au milieu du mois daoût et qui a connu un grand succès puisque vous avez eu beaucoup plus de public encore que les années précédentes.
Je crois que cest important de montrer quune initiative, une passion, peuvent engendrer des résultats très concrets et peuvent donner à une partie de notre région des motifs supplémentaires de confiance dans son avenir et dans sa notoriété.
Vous savez quil y a encore dautres projets pour le festival
Vous avez fait une démarche auprès de moi parce que vous vous êtes passionné par la construction de cet orgue de léglise de Pontaumur sur lequel les descendants de Bach pourraient venir montrer leur amour de ce grand compositeur.
Et je tiens à vous dire que le jour ou cet orgue sera installé, je viendrai jouer personnellement sur cet instrument, les deux premiers mouvements de Das Wolhtemperierte Klavier, car je ne suis capable den jouer que deux. Le premier est connu de tout le monde, mais le deuxième est plus difficile car cest tout de même une fugue qui suppose une certaine connaissance de linstrument.
Mais revenons à Jean-Marc Thiallier : Bravo.
Bravo pour vos initiatives, Bravo pour le succès et léclat que vous avez donné à ce festival et cest pourquoi je suis heureux de vous remettre ce trophée qui est celui de lAuvergnat de lannée.

Réponse du docteur Jean-Marc Thiallier
Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,
Je voudrais tout simplement vous dire quels sont les sentiments qui se bousculent en moi ce soir.
Tout dabord, une certaine forme de fierté, évidemment. Parce que je mesure pleinement la valeur de cette distinction.
Être qualifié dAuvergnat de lannée est plutôt quelque chose délogieux et me rappelle toutes les fois où jai pu entendre ce qualificatif « dAuvergnat » avec un cortège dimages moins flatteuses, plutôt synonymes de « bougnat », même si une certaine chanson de Georges Brassens sauvait la mise.
Je pense en effet à toutes ces occasions où jai fait partie de groupes mêlant diverses provinces, que ce soit au cours de voyages, études, service militaire ou autres
Ce soir, cest vrai, jai quand même limpression que limage est toute différente
Et en même temps, je reçois cette distinction avec un peu de gêne, car je nai pas limmodestie de penser quelle se destine à ma seule personne.
Je crois plutôt quelle honore en fait cette belle aventure, que nous avons bâtie tous ensemble et qui se nomme Bach en Combrailles.
Aussi, permettez-moi de débuter cette intervention en utilisant cette tribune et cette occasion pour remercier tous ceux qui, de près ou de loin, ont contribué à cette aventure.
Cest dailleurs la première fois, grâce à cette cérémonie, quils sont tous réunis en un même lieu.
Je ne peux pas citer tout le monde, car heureusement la liste est longue et je ferai des oublis impardonnables, mais à limage des cinq doigts de chacune des mains qui ont façonné et pétri ce projet, je voudrais lancer un grand merci en direction de cinq groupes de personnes.
En tout premier lieu, mes remerciements sadressent à celles et à ceux qui mentourent au sein de notre association Bach en Combrailles .
Comment ne citerais-je pas ici le dévouement et lénergie dont vous faites preuve, ne ménageant ni votre peine, ni votre fatigue, supportant toutes mes exigences
Je tiens à ajouter que dun commun accord, nous nous sommes imposé certaines règles : payer nos places de concerts, de ne pas être assis dans les premiers rangs, voire libérer nos places les soirs dextrême affluence
Parce que nous voulons que ce festival soit avant tout pour notre public
Deuxièmement, je voudrais exprimer notre gratitude à toutes les collectivités territoriales et locales, à tous les organismes extérieurs qui ont soutenu lassociation et ainsi contribué à son développement.
Permettez-moi une mention particulière pour notre ancien préfet Didier Cultiaux, qui a toujours suivi, soutenu et aidé nos projets, je dirai à la fois fermement et paternellement ; et pour notre sous-préfet Hélène Bourcet, qui nous entoure de son amicale présence, et que je remercie de nous accueillir tous dans sa sous-préfecture pour marquer louverture du festival.
Je remercie aussi chaleureusement tous les élus et leurs collaborateurs que nous avons pu rencontrer au cours de ce chemin, que ce soit au Conseil régional dAuvergne, au Conseil général du Puy de Dôme ou bien dans les Communes et groupements de communes, au premier rang desquels je voudrais citer le S.M.A.D des Combrailles.
À tous les niveaux, nous avons toujours rencontré et bénéficié dun sérieux, dune écoute et dune rigueur.
Je salue également tous nos mécènes, depuis la plus prestigieuse des entreprises nationales au plus anonyme commerçant dun de nos villages des Combrailles.
Et notre pensée va aussi aux journalistes, en particulier de La Montagne ou de France Bleu, qui nous ont largement ouvert leurs colonnes ou leurs ondes et ainsi contribués à la notoriété de lévénement.
Je voudrais maintenant rendre hommage à tous les musiciens qui viennent chaque été depuis quatre ans, nous faire don de leur talent et de leur amour de cette musique.
Des liens damitiés se sont créés, nombreux, forts et durables, à limage de cette musique.
Et puis, je voudrais remercier notre public. Cest évidemment pour lui et par lui que ce festival existe et quil a vocation à continuer.
Ce public nous comble de joie par son enthousiasme et sa chaleur.
Quil soit issu de nos villages, de toutes les régions de France ou de létranger, il nous rappelle notre devise : « Faire découvrir la musique de Bach aux habitants des Combrailles, et faire découvrir les Combrailles aux amoureux de la musique de Bach ».
Enfin, celui que je veux remercier par-dessus tous, cest bien sûr Jean-Sébastien Bach lui-même.
Lui dont la musique continue, deux siècles et demi après sa mort, à nous enchanter, nous procurer cette « joie immense, que depuis des générations et des générations, tous ses interprètes ou auditeurs ont senti monter en leur cur. »
Remercier Bach, donc, une fois encore !
Et si le sentiment qui me domine ce soir est lémotion, cest parce que je peux le faire en présence du Professeur Martin Petzoldt, président de la Neue Bachgesellschaft de Leipzig, cette vénérable association qui depuis plus dun siècle et demi est la gardienne du temple de la mémoire de Jean-Sébastien Bach.
Pour ceux qui ne le connaissent pas, jajouterai que le Professeur Petzoldt est également pasteur de léglise St-Thomas celle de Bach, professeur à la prestigieuse Université de Leipzig et lun des plus éminent spécialiste de celui qui nous réunit ce soir.
Quil soit sincèrement remercié davoir fait tout spécialement ce long voyage depuis le cur de lEurope, depuis la ville de Bach dont il nous apporte un peu de lâme.
Et parlant de la Bachgesellschaft, je veux également saluer et dire un grand merci à Rudolf Klemm, représentant en France de cette société, qui nous honore de son amitié et qui nous a soutenu et encouragé dès lorigine, alors que personne ny croyait encore
Et je ne vous cacherai non plus pas ma joie de pouvoir saluer la présence de mon ami et mon Maître Gilles Cantagrel, que lon ne présente pas aux amateurs de musique et encore moins aux amoureux de Bach.
Il sait ce que cette aventure doit à ses écrits et à ses émissions, et ce, bien avant même que nous fassions connaissance.
Je veux enfin faire un clin dil à nos parrains de Saint Donat, qui sont représentés ici ce soir par Danièle Carbillet, présidente du festival.
Mes amis, quelle belle aventure nest-ce pas !
Aimer Bach à la folie, cest une passion quil faut nécessairement partager car elle trop grande pour un seul
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Gilles Cantagrel a écrit que Bach était celui qui nous élevait au-dessus de nos turpitudes quotidiennes et que de sa fréquentation, on ne pouvait pas sortir indemne
Et bien cest peut-être simplement cela que jai voulu partager avec le plus grand nombre.
Dans le même temps, lorsque lon est enraciné dans un terroir comme celui des Combrailles, lorsque lon a la chance de le découvrir intimement, tous les jours - parfois même toutes les nuits - on a quelque part envie de le mettre en valeur
Et cette coexistence entre la musique et un territoire, elle sest imposé à moi comme une évidence. Vétérinaire de campagne, on passe beaucoup de temps dans sa voiture, qui devient un espace de méditation, et dans mon cas - un auditorium où toute luvre de Bach - et de beaucoup dautres dailleurs - passe et repasse régulièrement
Alors, les paysages et les sites des Combrailles donnent une couleur caractéristique à la musique. Lécoute de certaines uvres éveille immédiatement en moi la vision dun paysage où dun climat
Je pense à cette terrible nuit de tempête de lhiver 99 sur le Requiem de Mozart ou bien aux calmes chutes de neige dun Noël sur le Magnificat de Bach
Vouloir unir tout cela en un seul événement était peut-être la motivation profonde de cette aventure
Parce quau fond, ce soir, ce que lon récompense cest cette aventure. Et, en y songeant, je me suis demandé doù elle venait pour finalement me résoudre à vous dire que je nen sais rien, même si plusieurs images et émotions me reviennent à lesprit.
La première dentre-elle, cest une première visite au festival de La Chaise-Dieu, javais quinze ou seize ans. Sensation très forte avec déjà lidée que ce qui se passait dans ce village de Haute-Loire était reproductible dans les Combrailles
Même je réaliserai tout de même quil nous manquera toujours une abbatiale, un Cziffra et une époque
Deuxième tableau :église Notre-Dame du Port, été 1978, premiers pas sur un orgue à tuyaux avec déjà - un prélude et fugue de Bach, sous la direction de Jean-Michel Guerre, aujourdhui conseiller régional dAuvergne, que je suis profondément heureux de saluer ici ce soir, car il a su minsuffler une réelle passion pour cet instrument et sa musique. Et il nest sûrement pas pour rien dans tout cela.
Il paraît même que Bach maurait influencé in utéro, puisque lon en écoutait déjà beaucoup à la maison.
Enfin, limage forte et déterminante, cest la découverte du festival Bach de Saint Donat sur Herbasse, lors de mes premières vacances dans la Drôme de mon épouse.
Je revois cette affiche sur le bord dune route de campagne, je revois la collégiale qui domine le village, je ressens encore cette émotion à la découverte de lorgue et dun premier concert. Cétait il y a tout juste dix ans ! Depuis, il y a eu chaque été la fréquentation assidue et studieuse des concerts, il y a eu ces soirées merveilleuses dans le cloître, avec leurs lots de rencontres, la fascination pour lhistoire de la création de festival par le Docteur Lemonon
Bach en Combrailles, ce nest pas seulement laventure dune poignée de mélomanes.
Pour certains dentre nous, cétait dabord lévidente nécessité de créer un événement culturel dans une zone où cela faisait cruellement défaut, dautant plus cruellement que cétait notre pays. Je pense en particulier à notre ami Basile Kacédan, décédé il y a quelques mois, à qui nous avons dédié notre dernier festival, et qui aurait tellement été heureux dêtre là ce soir
Depuis quelques jours, on me demande souvent « Comment devient-on Auvergnat de lannée ? »
Et bien là encore, je nai pas vraiment de réponse. Il y a eu un contact de la Jeune Chambre économique de Clermont, des entretiens, des choix intermédiaires, et un choix final qui, vous lavez vu, a du être difficile puisquil sest fait entre une poignée de candidats de valeur.
Moi, jai bien ma petite idée, et je reste intimement convaincu que la main de Bach nest pas étrangère au choix !
Mais je voudrais remercier Evelyne Labasse qui en a eu lidée et qui a su convaincre ses proches. Je voudrais également remercier Florence Ogier, qui sest complètement investie dans ce dossier et dans la préparation de cette soirée, allant même jusquà jouer le rôle dinterprète ou à se déguiser. Et je voudrais dire Merci à toute léquipe de la Jeune Chambre économique que jai eu à rencontrer ces derniers mois : Olga, Isabelle, Frédéric, Didier et Philippe.
Quils sachent que leur rencontre aura été la première récompense de ce choix.
Et si je vais bientôt être atteint par lâge limite pour faire partie de la JCE, je leur signale quil ny a pas dâge limite pour travailler à Bach en Combrailles et quils y seront les bienvenus.
Je voudrais remercier mes parents, pour mavoir fait le plus beau cadeau qui soit : lamour de la musique et pour mavoir donné le goût et lexemple de la générosité envers les autres.
Enfin, je voudrais remercier mon épouse Isabelle qui supporte parfois beaucoup pour Jean-Sébastien Bach.
Pour conclure, jaimerais vous dire ceci : nous connaissons tous quelques phrases simples qui nous servent parfois de maximes et qui guident notre vie. Pour ma part, il y en a deux qui me tiennent particulièrement à cur.
La première, je lai trouvée un jour dans un essai dAndré Malraux, qui dans mon panthéon personnel est juste aux côtés de Bach, et elle est dailleurs dun auvergnat : Nicolas de Chamfort et dit : « Les raisonnables ont duré et les passionnés ont vécu ».
La seconde me paraît maintenant pouvoir résumer ce qui est peut-être à lorigine de lidée de ce festival. Cétait à un spectacle de fin dannée scolaire, à lécole maternelle de Pontaumur, et auquel participait pour la première fois un de nos enfants. Le spectacle sappelait Emilie Jolie, et le leitmotiv en était cette phrase : « Faites que le rêve dévore votre vie, afin que la vie ne dévore pas votre rêve ».
Alors, oui, je crois que ce soir-là, jai compris que javais un rêve et que la vie risquait peut-être de l étouffer. Ce rêve, cétait de partager avec vous ce quil y avait de plus beau à mes yeux : la musique de Jean-Sébastien Bach.
Alors, si javais une seule chose à vous demander ce soir, à vous tous, cest de continuer. De continuer à nous aider, toujours et davantage, parce que nous avons encore beaucoup de projets pour faire de nos Combrailles un grand centre vivant de la musique de Bach.
Ce prix, je me suis demandé si je ne devrai pas le donner au Professeur Petzoldt, pour quil le remette demain à Bach, dans sa ville de Leipzig, ou bien si je ne devrais pas le découper en mille petits morceaux pour que nous le partagions réellement ensemble, parce quil nous revient à tous.
Mais je crois que finalement nous allons le ramener en Combrailles.
Parce que, maintenant, Bach est ici chez lui et parce que, chaque fois que nous douterons de nous-mêmes, nous pourrons le regarder comme un encouragement pour continuer à nous laisser envoûter par cette musique de Bach, par lamour, la joie de vivre et la générosité quelle recèle, par cette joie immense quelle fait « monter en nos curs depuis des générations et des générations ».

De gauche à droite :
Rudolf Klemm, Martin Petzoldt, son interprète, Gilles Cantagrel
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