De Palestrina à Bach I Ensemble Les Récréations

« A quattro senza cembalo », c’est ainsi que s’intitulent quatre sonates d’Alessandro Scarlatti : à quatre parties, mais sans clavecin ! Ici l’absence de basse continue implique une écriture équitable pour les quatre voix. Ce programme nous immerge en effet dans l’art du contrepoint, quête jamais aboutie d’équilibre et de spiritualité au-delà de la mathématique musicale.

L’Art de la Fugue de Jean-Sébastien Bach en est l’apothéose, ce sera notre fil d’Ariane. A l’heure des premières galanteries, cette œuvre de maturité s’inspire pourtant délibérément du Stile antico, et à travers Palestrina du contrepoint de la fin de la Renaissance. On sait en effet, par sa bibliothèque, que Bach s’était véritablement immergé -notamment grâce à l’exégèse Gradus ad Parnassum de Johann Joseph Fux (1660-1741) – dans ce langage qui le fascinait…

Loin d’être un art sévère ou compassé, cette écriture avait pour première vocation d’être chantée, et le souvenir de cette vocalité est présent tout le long du chef d’œuvre. Entre temps, nous alternerons avec d’autres univers sonores. Une partie anglaise fera résonner une suite de danse (Locke) et une Fantaisie de Purcell.

Une autre, napolitaine, mettra en perspective une sonate d’Alessandro Scarlatti. Ces sonates a quattro senza cembalo déjà citées plus haut sont uniques en leur genre, aussi bien dans la production de Scarlatti que dans toute l’Italie de 1700. Par leur absence explicite de clavecin, elles sont souvent considérées comme une forme pionnière du quatuor à cordes. Elles relèvent pourtant d’une toute autre tradition : leur écriture très contrapuntique à nouveau – et un rien archaïque – les rapproche beaucoup plus à nos yeux de la sonata da chiesa du Seicento italien…

Nous les encadrerons ainsi par deux pièces de la renaissance napolitaine (Trabaci et Gesualdo) où l’on pourra à travers maintes bizarreries (chromatismes, fausses relations etc…) déceler cette même densité harmonique qui nous fascine tant chez Scarlatti… Matthieu Camilleri