Joyaux de la Musique Sacrée Allemande  I Ensemble Les Timbres

Si la première mention explicite des veillées musicales (en allemand Abendmusiken) dans les délibérations de la Marienkirche de Lübeck ne datent que de 1673 (période durant laquelle Buxtehude en était alors l’organiste titulaire), elles sont en fait une innovation du prédécesseur de Buxtehude, Franz Tunder. La Marienkirche servant, les jours de Bourse, de lieu de rencontre pour les négociants et les magistrats, Tunder prend en effet l’habitude d’y donner des concerts d’orgue. Devant leur succès, il développe ces célèbres Abendmusiken : concerts du soir comprenant des pièces d’orgue, mais aussi des solos d’instruments et des cantates. Ainsi, peut-être dès 1646, il instaure des concerts lors des deux dimanches précédant la Trinité et des trois dimanches précédant Noël. Cette tradition, ancrée dans la vie locale et financée par la bourgeoisie de la ville parviendra à son apogée lorsque Buxtehude sera titulaire du poste, et sera encore reprise pendant plus d’un siècle par ses successeurs : les Abendmusiken resteront en effet une tradition lubeckoise jusqu’en 1810 !

Plusieurs mentions dans des documents administratifs ou financiers attestent effectivement que Buxtehude fit de ces veillées une véritable institution. On n’a malheureusement conservé aucune Abendmusik, même si certaines œuvres connues permettent d’imaginer ce à quoi les veillées pouvaient ressembler. À défaut de musique, on connaît du moins certains titres, certains effectifs instrumentaux (pouvant aller jusqu’au nombre impressionnant de vingt-cinq violons, double chœur de vents et double chœur de voix) et même le livret complet d’un oratorio de 1678 (Die Hochzeit des Lammes BuxWV 128) : en réalité un ensemble de vastes compositions, en cinq parties dont l’exécution est étalée sur les cinq dimanches précédant Noël, selon le calendrier des veillées réorganisé par Buxtehude. On sait par ailleurs que, confronté à la diminution de ses subventions, Buxtehude eut recours en 1700 à une solution de remplacement en ne faisant pas exécuter d’oratorio, mais des concerts composés de plusieurs pièces pour des effectifs plus modestes.

C’est un Abendmusik de ce type-ci, plus intimiste et moins grandiloquent, que nous vous proposons, avec des cantates de Tunder et Buxtehude, ainsi que des intermèdes instrumentaux de Buxtehude, Tunder et Johann Pachelbel, dont son célèbre canon.