Récital d’Alice Julien-Laferrière violon solo

Sei Solo. a Violino senza Basso accompagnato. Ces deux mots écrits par Bach sur la page de titre de ses six sonates et partitas pour violon annoncent au violoniste qui ose tourner la page que c’est un voyage intérieur qu’il va entreprendre : tu es seul.

Une fois la page de titre tournée, l’Adagio en sol mineur introduisant la première sonate nous plonge dans l’introspection, sous forme d’un prélude très orné.

Ce voyage en solitaire clôt les quinze mystères sacrés des Sonates du Rosaire de Biber : une seizième pièce est ajoutée, dans laquelle le violon se retrouve seul, abandonné par les autres instruments de basse qui le soutenaient durant ce chemin de croix. Les Sonates du Rosaire de Biber ont la particularité d’utiliser un accord différent du violon pour chaque pièce, prouesse de composition incarnant le Mystère car la partition ainsi notée ne peut être entendue que si on la joue — à la manière des tablatures de luth : ne vous fiez pas à ce que vous voyez, mais ouvrez les oreilles.

Cette pratique de la scordature, poussée ici à son paroxysme, se pratiquait particulièrement en Allemagne et permettait de faire sonner le violon de différentes manières. Vilsmaÿr se place dans cette tradition et l’utilise dans son recueil pour violon seul, gardant néanmoins l’accord habituel pour sa suite en la Majeur, ce qui me permet de jouer ce programme sur un seul violon et sans avoir à le désaccorder !

Composées dans les mêmes années, les suites de Vilsmaÿr, Pisendel et Bach nous font entendre toutes les variétés de jeu qu’il était possible de trouver pour cet instrument.

Le cycle sens cesse varié et renouvelé de la Chaconne, construite sur une basse immuable, ouvre vers l’infini… Selon Mattheson, en 1713 à Hambourg, ré mineur est la tonalité des choses d’église, et dans la vie commune, de la tranquillité de l’âme. Il indique également que la tonalité de ré mineur est fluide. Fluide, tout comme Bach, le ruisseau, qui s’en va dans les fleuves… Alice Julien-Laferrière

 

 

Récital d’Alice Julien-Laferrière violon solo