Construire un orgue

L’idée de construire un orgue à tuyaux dans l’église de Pontaumur est déjà ancienne, mais s’est concrétisée avec la création, en 1998, du festival Bach en Combrailles dont le succès a généré les conditions nécessaires pour convaincre les partenaires de l’association du bien fondé d’un tel instrument.

On ne pouvait pas envisager d’offrir au public l’œuvre de Jean-Sébastien Bach sans aborder l’immense répertoire de sa musique d’orgue. Faire construire un orgue à tuyaux particulièrement adapté à sa musique était donc l’un des premiers buts de l’association Bach en Combrailles.

Après divers projets d’orgues baroques de type allemand, l’idée s’est focalisée sur une restitution de l’orgue d’Arnstadt, premier instrument dont Bach fut nommé titulaire en 1703, il était alors âgé de 18 ans. La découverte de cet instrument, récemment restauré dans son état d’origine, a été un «choc» et après une première esquisse, il est apparu que les dimensions de cet orgue d’Arnstadt étaient parfaitement adaptées au volume de l’église de Pontaumur, tant dans son aspect architectural que sonore.

Les plus grands spécialistes de Bach se sont immédiatement ralliés à cette idée et l’ont soutenue sans réserve. Mais dans le même temps, il a fallu beaucoup de conviction et d’énergie pour convaincre que l’originalité et la spécificité d’un tel instrument seraient des gages de réussite et d’intérêt durables, alors que beaucoup de « soi-disant experts » tendent à penser qu’il faut aujourd’hui construire des orgues «à tout jouer».

La commune de Pontaumur, propriétaire de l’instrument (qui est un bien immeuble par destination) a procédé à l’appel d’offres au printemps et à l’été 2002. Quinze entreprises ont répondu, et c’est finalement François Delhumeau qui, compte tenu de critères comme sa proximité, sa formation en Allemagne sur ce type d’instruments, sa parfaite connaissance de l’orgue thuringeois des XVIIe et XVIIIe siècles, a obtenu le marché en septembre 2002.

Les tuyaux ont été réalisés chez Hermann Klein à Woerth (67) et Karl Giesecke à Göttingen (Allemagne). François Delhumeau ne fabriquant pour sa part que les jeux en bois (Soubasse du pédalier).
L’harmonisation a été effectuée en collaboration avec Bernd Künhel, harmoniste allemand spécialiste des orgues historiques de ce pays. Ce qui est un critère d’authenticité supplémentaire.

Description

L’orgue construit par François Delhumeau pour l’église de Pontaumur est la réplique la plus fidèle possible de l’instrument construit à Arnstadt en 1703 par Johann Friedrich Wender, et restauré par Otto Hofmann d’Ostheim/Rhön de 1997 à 1999.

Il est composé de deux claviers de 48 notes (du premier au cinquième do sans premier do dièse) et d’un pédalier de 26 notes (du premier do au troisième ré, sans premier do dièse).

Cette étendue inédite des claviers et du pédalier est une constante dans les instruments de cette époque en Allemagne centrale et en Allemagne du Nord. Elle ne pose aucun problème pour l’interprétation de la musique de Jean-Sébastien Bach ou de ses prédécesseurs et contemporains, même si elle peut être préjudiciable à l’interprétation de certaines pièces du répertoire romantique ou contemporain. Ce choix est un choix délibéré. L’Auvergne, et en particulier la ville de Clermont, recélant nombre d’instruments aptes à la restitution de ces musiques.

L’accord est fait au diapason avec un la à 465Hz (appelé «Chorton»), c’est-à-dire 1/2 ton plus haut que nos instruments actuels. Cela permet une parfaite adéquation avec les instruments dits «baroques» qui sont accordés eux au la à 415 Hz (1/2 ton plus bas que notre la), appelé «Kammerton». L’écart entre l’orchestre et l’orgue est donc d’un ton. C’est pourquoi, dans les cantates de Bach par exemple, la partie d’orgue est notée un ton plus bas que la partie du chœur et de l’orchestre (Ex: Cantate BWV 29 «Wir danken dir, Gott». ré majeur, la partie d’orgue est en do majeur). Il est harmonisé dans un tempérament légèrement inégal, d’après le système de Neidhart (1700).

L’orgue comporte 22 jeux :

Deuxième clavier: Grand-Orgue («Hauptwerk»): 11 jeux
Principal 8’ – Gemshorn 8’ – Viole de gamba 8’ – Quintadena 8’ – Bourdon 8’
Quinte 6’ – Octave 4’ – Octave 2’
Cymbel II – Mixture IV
Trompette 8’

Premier clavier: Positif pectoral («Brustwerk»): 7 jeux
Bourdon 8 – Quinta 3′
Principal 4’ – Nachthorn 4’ – Flûte 4’
Sesquialtera II – Mixture III

Pédalier: 4 jeux
Soubasse 16’ – Principal 8’
Posaune 16’ – Cornet 2’

Les deux claviers peuvent s’accoupler (Positif / Grand-Orgue) par un système de tiroir, ainsi qu’une tirasse entre le Grand-Orgue et le Pédalier. Un système de tremblant et deux «étoiles tournantes» (Zimbelstern) en Do majeur et Sol majeur (clochettes) sont présents. Le buffet est peint en blanc et or, comme l’instrument original d’Arnstadt.

Certaines caractéristiques font de cet instrument un orgue très très original (claviers, diapason à 465 Hz, tempérament inégal, composition …).
Ces caractéristiques ont été mûrement réfléchies et discutées dans l’optique d’une fidélité maximale à l’orgue d’Arnstadt et à la musique de Jean-Sébastien Bach, même si elles peuvent par ailleurs générer de légers inconvénients. Le maître mot est la recherche de l’authenticité et de la fidélité aux instruments thuringeois de cette période.